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Le vent et le soleil pour s'éclairer
L'Ontario dévoile un ambitieux programme d'énergie verte
La Presse Affaires 22 mars 2006


MARTIN VALLIÈRES, TORONTO

Vendre à bon prix l'électricité provenant de panneaux solaires installés sur le toit de votre maison ? Ou d'une éolienne érigée sur votre petit lopin de terre ? C'est ce que pourront faire bientôt les Ontariens en vertu d'un ambitieux programme d'énergies alternatives annoncé hier par le premier ministre de l'Ontario, Dalton McGuinty. Et celui-ci voit grand. L'Ontario souhaite ajouter au moins 1000 mégawatts en production d'électricité dite « verte » d'ici 10 ans au réseau de la province, dont la puissance actuelle est de 26 000 mégawatts.

Dans une province où l'approvisionnement électrique inquiète de plus en plus, ce projet d'énergie renouvelable s'accompagne aussi de belles primes financières.

Aux individus et aux entreprises qui se doteront de leurs propres éoliennes, la société de gestion du réseau électrique ontarien paiera au moins 11 cents par kilowattheure alimenté au réseau. Déjà, de gros producteurs commerciaux d'électricité ont en chantier quelque 350 mégawatts de production éolienne en Ontario.

Par ailleurs, aux Ontariens qui investiront dans le solaire, plus coûteux mais sans entretien, on paiera au moins 42 cents le kilowatt-heure pour l'électricité fournie au réseau.

Un tel prix représente une prime énorme par rapport au prix courant de l'électricité en Ontario, autour de 6 cents le kilowatt-heure.
Ce montant ne comprend pas les frais de distribution ni les frais de dette de la défunte Ontario Hy-dro. Aussi, ce montant augmentera bientôt à la suite de l’ajustement des prix de l'électricité en Ontario à celui des coûts d’achat sur le marché. En proposant d'acheter l’ électricité d'origine solaire à 42 cents le kilowatt-heure, l'Ontario met sur pied le programme considéré comme l'un des plus généreux sur le continent, sinon au monde.

Au Québec, une décision récente la Régie de l'énergie oblige désormais Hydro-Québec à payer des crédits d'énergie » valables pour deux ans aux petits producteurs individuels d'électricité de sources renouvelables, dont l'énergie solaire.

En Ontario, le programme annoncé hier devrait « hisser la province à l’avant-scène des énergies de sources renouvelables en Amérique du Nord », s'est réjoui David Suzuki, environnementaliste de renom, au cours de l'annonce du programme ontarien dans une usine de fabrication de panneaux solaires à Cambridge.
M. Suzuki a été invité par le premier ministre Dalton McGuinty, qui l’a présenté comme un conseiller mais aussi une « idole » de ses années universitaires.

Pour le gouvernement M. cGuinty, l'annonce d'un tel programme d'électricité verte, à deux jours d'un budget provincial très attendu, vise à calmer les critiques envers la relance possible de construction de centrales nucléaires, Un récent rapport des gestionnaires du réseau électrique de l'Ontario souligne la nécessité de construire et de moderniser d'ici 30 ans l'équivalent de 12 400 mégawatts en énergie d'origine nucléaire.

Pareil scénario pourrait coûter de 35 à 40 milliards de dollars. Mais avant même qu'il soit examiné de plus près, le plan s'est déjà attiré les foudres de nombre d'intervenants, dont ce même David Suzuki, qui soutiennent que l'Ontario demeure très en retard en matière de programmes d'efficacité énergétique et de production d'électricité moins polluante.

Hier, le premier ministre ontarien a admis qu'il serait « très déçu » si l'Ontario devait se résoudre à relancer des investissements dans le nucléaire.

En contrepartie, le gouvernement McGuinty mise sur les achats subventionnés d'électricité verte, en particulier le solaire, pour faire mousser le développement de ces industries en Ontario.
L'annonce d'hier avait lieu dans une usine de panneaux solaires de la société Photowatt, filiale du groupe industriel ontarien ATS Automation Tooling. Cette entreprise envisage de combiner Photowatt et son autre filiale, Spheral Solar Power, dans une nouvelle société qui serait inscrite en Bourse. Le projet boursier d'ATS pourrait valoir près de 1 milliard de dollars, selon des analystes.

Entre-temps, à l'Association canadienne des industries solaires, on se réjouit déjà des retombées du généreux programme mis sur pied par l'Ontario. Selon son président, Rob McMonagle, il coûte environ 25 000 $ pour installer un système solaire complet de production d'électricité sur le toit d'une maison familiale de taille moyenne.
Avec la prime d'achat d'électricité annoncée hier par l'Ontario, qui pourrait valoir près de 1500 $ par maison, on estime que le coût actuel d'un tel dispositif solaire serait remboursé en 20 ans environ.

La Presse Affaires 22 mars 2006


LAPRESSE MONTRÉAL SAMEDI 11 FÉVRIER 2006

Des crédits d'électricité aux propriétaires d'installations maison

TRISTAN PÉLOQUIN
Les propriétaires d'éoliennes, de capteurs solaires ou d'autres petites installations électriques domestiques peuvent désormais injecter dans le réseau d'Hydro-Québec les kilowatts qu'ils produisent en échange de crédits d'électricité.

Dans une décision rendue hier, la Régie de l'énergie a accepté de modifier les règles tarifaires de la société d'État pour lui permettre d'acheter l'électricité produite par ces petites installations. La décision ne vise que l'électricité provenant de sources d'énergie renouvelables — énergie hydroélectrique, éolienne, photovoltaïque ou provenant de biogaz, de résidus forestiers ou de source géothermique — appartenant aux clients résidentiels. Les génératrices ou réacteurs fonctionnant aux combustibles fossiles sont exclus.

Les propriétaires d'installations reconnues ne pourront cependant pas tirer de profit direct de leur vente d'électricité. La Régie impose plutôt un système de crédits d'énergie, qui peuvent être mis en banque pendant deux ans par les propriétaires producteurs.
À l'heure actuelle, selon les évaluations d'Hydro-Québec, seulement une vingtaine de clients possèdent l'équipement nécessaire pour profiter de ce système de crédits. Selon l'avocat Dominique Neuman, de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, ce nombre risque d'augmenter en flèche. « II y a un engouement pour l'autoproduction d'électricité, et la porte que vient d'ouvrir la Régie de l'énergie permet aux propriétaires de petites installations d'amortir le coût de leur investissement. À moyen terme, cela va permettre de faire baisser considérablement le coût total de ces installations. »

Systèmes coûteux
Un système de panneaux solaires produisant 200 watts d'électricité coûte actuellement environ 4000 $, en incluant les accumulateurs et les batteries. Une telle puissance permet d'alimenter l'éclairage d'une maison et quelques appareils domestiques, comme une chaîne ou un ordinateur portable.
En vertu des nouvelles règles, les ménages et les entreprises pourront se doter d'équipement de production d'une puissance maximale de 50 kilowatts, ce qui est suffisant pour répondre aux besoins d'environ cinq maisons.

« Éventuellement, les gens seront cependant davantage attirés vers des systèmes hybrides plus complexes et plus efficaces, utilisant à la fois l'éolien et le photovoltaïque, explique Benoît Perron, consultant en efficacité énergétique et président d'Énergie solaire Québec. Maintenant que les crédits sont en place, leur popularité ne peut qu'augmenter, et cela permettra une autonomie beaucoup plus grande. »

Injecter de l'électricité
D'un point de vue technique, l'injection d'électricité produite par de petites installations dans le réseau d'Hydro-Québec est assez simple. La société d'État exigera des petits producteurs qu'ils raccordent leur équipement à un ondulateur (110 ou 220volts), qui rendra l'électricité produite compatible avec celle du réseau.
Avant d'être connectées au réseau, les installations maison seront inspectées par Hydro-Québec aux frais du producteur. La Régie fixe à 400 $ ces frais d'inspection.

En échange, Hydro-Québec fournira le compteur, se chargera de la formation du personnel et adaptera son système de facturation. Éventuellement, des maîtres électriciens indépendants pourront se charger des inspections, indique la Régie.
L'implantation des mécanismes d'injection d'électricité se fera au cours des prochains mois, a indiqué une porte-parole d'Hydro-Québec, Josée Morin.

Les propositions faites par Hydro-Québec à la Régie de l'énergie dans ce dossier ont presque toutes été retenues. La société d'État prônait cependant la création d'une banque de crédits valides pour seulement un an, après quoi le compteur revenait à zéro.
L'organisme de régulation a obligé la société d'État à porter à deux ans la durée de vie de cette banque. De cette façon, les producteurs ont plus de latitude pour choisir le moment où ils utilisent leurs crédits.

Coût d’un système photovoltaïque de 200 watts
Prix de revient :
- Aujourd’hui : 0.44 $ le kilowatt/heure
- Il y a dix ans : environ 5.00 $ le kilowatt/heure

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